samedi 8 février 2014

Deux histoires d'amour lesbiennes prof/élève

Analyse comparative 
de 
Loving Annabelle et Bloomington


-->
J'ai trouvé intéressant d'analyser ces deux films car malgré leur trame narrative sensiblement semblable on constate vite qu'ils sont radicalement différents dans leurs approches. Que peut nous apprendre la mise en parallèle de ces deux films sur la représentation lesbienne au cinéma ?



Avant tout, recontextualisons un peu...


Loving Annabelle est un film américain indépendant réalisé en 2006 par Katherine Brooks, ouvertement lesbienne, que l'on peut croire sans risque  inspiré de Jeunes Filles en Uniformes (Mädchen in Uniform, 1931) de Leontine Sagan.

 
Sa sortie fût plutôt remarquée et appréciée par  la communauté lesbienne. 


Une fin alternative existe et selon certaines sources, la réalisatrice fût obligée de choisir la fin "politiquement correct", c'est-à-dire l'emprisonnement de Simone et par conséquent, la séparation des deux tourterettes...







...

...

Bloomington est un film américain réalisé en 2010 par Fernanda Cardoso, ouvertement lesbienne et ayant participé entre autre à la conception de The Real L Word.


Elle fait partie des rares personnalité haut placée dans la production audiovisuelle à avoir fait son coming out.
















Le contexte de production est donc sensiblement identique, ou possède du moins beaucoup de similitudes. Pas de quoi dégager des axes d'approches justifiant l'important fossé entre les deux films... Car important fossé il y a, malgré les apparences trompeuses !






Intéressons-nous au scénario maintenant. 



 
Wouhou, super jeu du jour ! De quel film est extrait ce scénario ? (loupe non autorisée)



Dans Loving Annabelle, l'objectif des personnages (et le thème qui constitue le sujet central du film) est la relation prof-élève, interdite et transgressée.
Dans Bloomington, la relation prof-élève fait figure d'élément déclencheur (évènement perturbant la situation initiale et à l'origine des péripéties) non d'objectif pour les protagonistes.
Le même sujet de base est donc traité de manière radicalement différente dans les deux films car il n'occupe tout simplement pas la même fonction narrative.






Analyse rapide de Bloomington

Jackie (Sarah Stouffer) n'est pas n'importe qui : elle fût une actrice dans une série de science-fiction à succès dans son enfance. Elle a pris la décision de quitter sa famille pour reprendre ses études. Son changement de vie est total et semble radical, elle coupe avec sa famille (et surtout avec sa mère), sa ville natale, ses souvenirs... Nouveau départ, propice à la naissance d'une Jacquie « nouvelle ». Néanmoins, son passé la rattrape : elle est reconnue du fait de sa célébrité.






T
out comme Jacquie, nous avons connaissance de Catherine (Allison McAtee) à travers les rumeurs qui circulent entre les élèves, sur sa sexualité entre autre. Nous constatons que cette prof de psycho est respectée voir crainte par ses étudiants.

Leur rencontre va inverser ce schéma. Ironiquement peut-être, alors que longtemps le vampirisme était utilisé comme métaphore du lesbianisme, ici la métaphore du vampirisme transparaît à travers la relation lesbienne affichée.

Jacquie va s'enrichir du savoir et de l'assurance de Catherine, se nourrir de ses conseils et de son amour.
Catherine se laisse attendrir par la jeune fille, s'ouvre et s'abandonne complètement à elle, en quelque sorte (allant jusqu'à surmonter sa peur phobique des avions pour Jacquie.)




 
Au final, grâce à sa mentore, Jacquie décrochera le rôle pour l'adaptation cinématographique de la série de science-fiction. Elle s'est métamorphosée, semble plus sûre d'elle, autonome, va devenir encore plus célèbre.
Catherine, elle au contraire, est vidée de tout charisme. Elle a perdu tout le respect qu'elle suscitait auprès des étudiants et affiche une mine dépressive.






Le personnage de Jacquie s'est donc révélé endurcie sous ses apparences fragiles : elle s'est complètement émancipée de ses parents, a surmonté la mort de son petit ami, a grandi dans l'univers des plateaux de tournage et de la célébrité. Elle s'adapte beaucoup plus aisément que ne le fait Catherine qui paraissait avoir confiance en elle sous une apparence autoritaire, froide et dissimulait en fait de grandes faiblesses, blessures et névroses (la mort de ses parents et le manque que cela a généré, l'aisance financière donnée par l'héritage...)






La différence avec Loving Annabelle





Le jugement des autres fait partie de l'histoire de Bloomington mais n'occupe pas le thème principal et ne constitue pas l'élément qui empêche leur amour d'exister. En ceci, le film est beaucoup moins romancé. Loving Annabelle vise un public lesbien qui a des attentes et qui aime pouvoir s'identifier aux personnages. Pourtant, l'histoire est loin d'être réaliste. Après analyse de celle-ci et des personnages, nous retrouvons des caractéristiques propres aux mélodrames : une mélancolie latente, un amour entre les deux héroïnes rendu impossible (par leur classe sociale, leur âge, leur fonction, leur sexe), une condamnation faite par la société de leur relation etc. Cette relation interdite et illégitime aux yeux des autres demeure au centre de l'intrigue. Nous retrouvons cette caractéristique dans des films tels que Imagine Me and You ou I Can't think straight. L'histoire n'a de réel intérêt qu'à travers la relation homosexuelle. Remplaçons le couple lesbien par un couple hétéro et l'histoire nous paraît bien fade, déjà vu voir cliché et par conséquent sans grand intérêt. 






 
C'est comme si les codes classiques des comédies romantiques ou dramatiques avaient besoin d'être repris et détournés à la "sauce gay" pour mettre en scène les fantasmes lesbiens, offrant ainsi une sorte de revanche sur toutes les histoires mettant encore, toujours et uniquement en scène des personnages hétéros. Hélas, je trouve que cela affaiblie l'intérêt des films qui ne recherchent plus alors à affiner leur scénario en subtilité ou tout simplement à construire un scénario qui ne s'appuie pas uniquement sur la relation lesbienne pour fonder une histoire.




D.E.B.S y parvient de justesse, mettant la relation entre les deux femmes dans un contexte (elles sont ennemies), l'aspect déjanté et délirant permettant des idées scénaristiques comiques et uniques. Il est cependant palpable que toute cette mise en scène reste au service de l'idée de base, la relation lesbienne interdite, détournée ici en relation « entre ennemies » interdite.






C'est par contre le grand point faible d'Imagine Me and You. À la fois éperdument fleur bleue sur sa représentation du couple et des histoires d'amour, ne mettant pas du tout en scène le milieu lesbien (même pas de valeur sociologique donc), ne faisant jamais preuve d'originalité scénaristique et reprenant les clichés et ficelles de la comédie romantique de base, tout cela dans une structure globale pas forcément très efficace, manquant de rebondissement crédible et de réalisme. Sa seule carte est donc la relation interdite entre la femme lesbienne et la jeune hétéro mariée.






En fin de compte, l'affiche du film se suffisait à elle-même, était-il nécessaire de développer cette unique idée dans un film d'une heure trente ? Car en fait il s'agit plus d'une idée mise en film qu'autre chose. Un beau conte de fée lesbien, où l'hétéro mariée succombe au charme de l'irrésistible lesbienne et quitte son mari. La morale ? Les « blue-movies lesbiens » ont eu leur utilité parce qu'ils ont permis aux lesbiennes de se voir représenter dans des films où elles n'avaient jamais eu leur place auparavant. L'autre morale, c'est que l'on est peut-être apte à passer à autre chose maintenant ! Et cela ne signifie pas qu'il serait préférable de s'abstenir de représenter des relations lesbiennes considérées par certains comme illégitime, tabou ou interdite car cela constitue hélas encore une réalité...





Pourquoi Bloomington diffère des autres ?

Dans Bloomington, nous retrouvons le concept de la relation illégitime et mal vu par les autres. Les élèves soupçonnent et accusent Jackie d'obtenir des bonnes notes grâce à la relation qu'elle entretient avec sa prof. Cependant, l'enjeu de leur relation ne dépend pas du jugement des autres. C'est tout simplement leur personnalité et leur comportement respectif qui mènera à la dégénérescence de leur couple. Parce que Jackie pense qu'elle n'est qu'une parmi d'autres pour son amante et que Catherine n'a pas l'impression que son amour est réciproque, des tensions vont naître. Les obstacles à leur amour sont intérieurs et non pas extérieurs. Nous nous rapprochons beaucoup plus et par conséquent de manière beaucoup moins romantique et fleur bleue que dans Loving Annabelle par exemple, de la réalité des relations, quelles soient homosexuelles ou hétérosexuelles.






Bloomington ne peut cependant être considéré comme une sorte d'« évolution » de Loving Annabelle, les deux films étant sensiblement sortis au même moment, à une poignée d'années près (2006 / 2010). Et quand bien même Bloomington aurait été antérieur à Loving Annabelle, le constat aurait été le même sur la représentation lesbienne donnée à voir dans les deux films.
Bloomington pourrait finalement être considéré comme un film emblématique de la transition, une sorte de film charnière entre deux façons de représenter l'homosexualité au cinéma.


Cette différence de traitement permet de constater que les représentations gays et lesbiennes dans la fiction sont imperceptiblement en constante évolution.
Quelle pourrait donc être dans les années à venir la représentation "idéale" de l'homosexualité au cinéma et dans les médias ?






-> À voir aussi : Comment verrons-nous l'homosexualité fémine demain ?
Tentative de réflexion sur l'évolution de la représentation et de la banalisation (idéalement) du lesbianisme et de l'homosexualité plus généralement.


Prochainement disponible

14 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour j'adore ton site ! magnifique ;) bravo!
J'ai vu ces trois films Loving Annabelle en premier puis Bloomington et Imagine you & me. Pour ma part j'ai accroché à Loving Annabelle, Bloomington moyen il y a un grand éccart d'âge entre les deux comédiennes ^^ mais ça allait ... Et pour finir Imagine me & you, splendide! j'ai adoré les actrices sont magnifiques Piper Perabo et Lena Headey superbes, vraiment magnifique *je l'adore*.

Anonyme a dit…

Bloomington était bien et Loving Annabelle aussi j'ai adorer... Imagine Me & You trop PARFAIT

Anonyme a dit…

merci pour ce post. Je trouve l'idée du blog super !
à quand un post sur Aimée & Jaguar comparé à Beignets de Tomates vertes, car tous deux ont un arrière plan de guerre assymétrique [apartheid pour l'un & persécution nazie des juives-fs pour l'autre] ? ;)

Juste un commentaire à propos de Bloomington : on ne peut parler de ce film et évacuer un ressort "érotique" central : la peur et la surprise ressenties très souvent par la jeune, recherchées par la prof. Leur "première" fois et la scène de la bibliothèque l'illustrent parfaitement. Je trouve qu'érotiser ces deux sentiments est sexiste, ça ne fait que reproduire l'érotique patriarcale, faite pour persécuter la femmes par et pour la sexualité (virile). De plus, c'est dangereux pour les femmes : ça atténue totalement la perception du viol. De fait, la scène de la bibliothèque représente un viol caractérisé : par surprise, usage de la contrainte et par personne ayant autorité.
Il est navrant de voir que des films lesbiens reproduisent des scénarios qui, réalisés dans la vie des gens, sont des viols au sens pénal. ça construit nos sexualités sur le modèle de l'érotisation de l'inégalité et de la subordination dont parle Sheila Jeffreys.

Anonyme a dit…

Tous des films que j'ai aimé et plus particulièrement bloomington que j'ai regardé à plusieurs reprises en quelques jours tellement je trouve le scénario et la réalisation juste et intense, peut-être un peu court car on aimerait avoir plus de scènes entre ces deux excellentes actrices.

Je voudrais juste revenir sur le commentaire du 4 Juin sur Bloomington est la scène de la bibliothèque qui représenterait un viol caractérisé: les deux protagonistes sont majeures certes l'une est la prof de l'autre mais il n'y a pas de réelles contraintes et donc pas d'abus d'autorité, oui Jackie a peur au départ je pense que ce serait le cas de pas mal de personnes dans ce genre de situation d'avoir de l'appréhension mais aussi une certaine peur de ce qui va se passer sachant que la prof est connue pour ses relations étudiantes donc à beaucoup d'expérience et que cela se fait assez rapidement mais Jackie finie par faire le pas décisif lors de la première scène intime, pour la scène de la bibliothèque
à ce moment on peut considérer qu'elles forment un couple qui ont déjà eut des relations, je ne vois pas trop où est la surprise car quand on a bien vu le film Jackie arrête Catherine puis la laisse faire sachant pertinemment ce qui va se passer elle lui fait confiance, de plus si Jackie ne voulait pas elle aurait pu refuser, au début du film dans la chambre catherine lui dit bien que si elle veut s'en aller elle lui dit il n'y a pas d'obligation de rester, tout se fait en douceur et plutôt tendrement donc personnellement je ne vois pas de représentation d'un viol dans ce film contrairement à d'autres films avec des personnages hétéros où les scènes peuvent être violentes et proches du viol....

Tout cela pour dire que ce film est à voir et à revoir. Chapeau aux deux merveilleuses actrices qui ont une telle alchimie et un jeu très naturel.

LeeLoute a dit…

(je reviendrai certainement poster quelque chose de plus constructif, mais pour l'instant, mon côté joueur me taraude :-p )

Le scénario, c'est Bound ?

Hannie a dit…

J'ai un petit faible pou Imagine Me and you. Mais le film lesbien qui m'a le plus retourné est Rebelles...

Shay a dit…

LeeLoute, j'aimerais bien pouvoir te répondre, mais ça donnerait la réponse à tout le monde ... ! ^^

Anonyme a dit…

Film vraiment génial mais je n'aime pas vraiment la fin..

Anonyme a dit…

J'ai beaucoup aimé Bloomington, ainsi que Imagine me&you. Quant à Loving Annabelle c'est un très beau film malgré que l'action arrive à la fin. Elles se cherchent, et je trouve que c'est un peu long et un peu cucul. ^^
Je vous conseille un magnifique film nommé I Can't Think Straight, j'ai immédiatement accroché, je le trouve fantastique, et en plus les actrices sont splendides, que du bonheur !!
Bisous à tous.

Anonyme a dit…

Moi mon préféré c'est sans aucun doute Loving Anabelle. Mais bon, je dois avouer que je suis un peu fleur bleue sur les bords, alors...

Anonyme a dit…

Bonjour,
Je ne suis pas d'accord avec votre analyse du film Bloomington.
Tout d'abord, je souhaiterais répondre à Anonyme du 4 juin 2012 : Non, ce n'est pas du tout "un viol par personne ayant autorité" (ma parole, vous citez en désordre le code pénal en plus ? *article 227-25*). Cat le dit très clairement(en vo). Elle propose une relation intime à sa compagne majeure dans un lieu public,(moment extrêmement chaud du film du reste), pour "guérir" Jax de ses orgasmes silencieux, quand elles sont seules et ne peuvent pas être entendues. Elle le précise en lui expliquant ce que signifie la pathologie ou nœud psychologique du "renversement du déni en acceptant ce déni pour le dépasser". Ensuite, très ingénieuse, elle lui chuchote que dans cette situation là, elle ne pourra que se taire. Pas mal non ? Jax bien sûr participe complètement à l'expérience. Le simple fait d'être obligée de se taire l'amène justement au désir de vouloir exprimer son plaisir cette fois librement. C'est la technique de la transgression de l'interdit. Je n'y vois rien de “patriarcal” ni de violent. Très franchement, c'est une des rares scènes de sexe (encore une fois non aboutie) qui reste la plus HOT !
Pour revenir à l'analyse avec laquelle je ne suis pas d'accord. Le scénario est bon. Les actrices excellentes, y compris la mère castratrice. Ok!
Néanmoins, je pense que la réalisatrice a voulu être une “touche à tout” sans ne jamais approfondir aucun sujet polémique dans l'intrigue. Elle a entamé des débuts de plusieurs questionnements particulièrement légitimes, mais n'a jamais répondu à aucun. Cela donne un film à mon sens qui survole des éléments très importants dont elle n'arrive pas à trouver la faille pour creuser plus loin.
Par conséquent elle a zappé des récits qu'elle aurait dû au contraire décliner en priorité : la relation mère-fille (et inversement) désastreuse, l'histoire d'amour entre Cat (amante-mère de substitution) et Jax (amante-fille par procuration), les conditions de vie parfaitement affreuses dans le monde schizophrène du show-biz et leurs conséquences souvent dévastatrices, l'amour perdu de Jax (Mark décédé d'où l'arrêt brutal de la série) qui l'a visiblement beaucoup atteinte, la vie (non-dit) de Cat qui ne s'est jamais remise d'un traumatisme d'enfance dramatique : la mort dans un crash d'avion de ses parents, sa solitude affective permanente qu'elle ne comble pas ou en tous cas pas avec des conquêtes féminines éphémères qu'elle pioche dans ses étudiantes, l'isolement extrême des 2 femmes dans leur propre histoire car elles sont ttes deux hors "norme" de part leur vie respective. On comprend d'ailleurs pourquoi elles s'entendent si bien.
En revanche, il était inutile de traîner sur des détails sans intérêt tels que : comment se passe la rentrée dans une petite fac de l'Indiana, et je ne vais pas citer tous les clichés tellement il y en a. Bref ! Le film est dans l'ensemble trop superficiel, mal enchaîné,“mal-traité”.
Cette histoire avait tout pour devenir un film fabuleux, mais l'éparpillement de la réalisatrice à vouloir absolument tasser toujours plus de détails dans 83 mn et ne pas se soucier de l'essentiel n'a pas aidé au final. Et c'est fort dommage.
D'autre part, je ne suis pas non plus d'accord lorsque vous dites que les problèmes sont internes à leur relation. Pas du tout ! Jax est partante pour vivre cet amour avec Cat, mais c'est le regard des autres qui finit par diriger encore une fois les décisions de Cat dans le sens d'une séparation. Et c'est surprenant de sa part puisqu'elle vient de perdre son job ?? Donc, elle était entièrement libre n'est ce pas ?
Je me demande si il n'y a pas là encore un choix délibéré de la part de la réalisatrice qui pour ne pas choquer le grand public a empêché un aboutissement heureux parfaitement plausible à mes yeux...?
Béa :))

LittleUnnamed a dit…

J'adore votre site :D Je vous souhaite une très bonne continuation !!!

MW a dit…

J'adore ton site mais..tellement pas d'accord avec ton article >< Bloomington n'aurait jamais vu le jour sans Loving Annabelle...Bloomington, pour moi, n'est qu'une (très) pâle copie de Loving Annabelle...sérieux ? La même histoire, la même fin en queue de poisson, la découverte de leur liaison par le directeur,...De même, les personnages de Loving Annabelle sont bien plus travaillés que ceux de Bloomington , notamment au niveau des personnages secondaires, très nuancés (il n'y a ni méchant ni gentil, ce qui est loin d'être le cas dans Bloomington). La preuve de cette plus grande profondeur des personnages pourrait résider dans le fait que Loving Annabelle a reçu plusieurs récompenses, là où Bloomington s'est vu décrié par la critique. Je sais, c'est bien peu de choses, surtout quand on pense que les critiques sont en majorité émises par des hétéros, qui plus est des hommes (même si cela commence à changer)...mais quand même, ça compte un peu = p
Tu évoquais également les fantasmes lesbiens réalisés dans Loving Annabelle...comment dire...Bloomington ? Deux femmes absolument sublimes, impeccablement maquillées, jeunes (ou du moins ayant l'apparence d'être jeunes), issues du star system, et, qui plus est, qui ne ratent jamais une occasion de prouver leur amour au spectateur...Loving Annabelle ? Tout l'opposé ! Diane Gaidry (Simone), très naturelle, est peu maquillée, laisse paraître ses rides. Idem pour Erin Kelly (sauf pour les rides, elle en a pas ^^)...et puis...qui n'a jamais eu de faible pour l'une de ses profs, et en particulier de ses profs de français ? Ou, si certaines ne se sentent pas visées...qui n'a jamais fantasmé sur une femme bien plus âgée qu'elles (je ne pense pas que Wolf Productions aient sorti A Perfect Ending sans raison...ils savaient que le public serait au rendez-vous)?
Tu parles aussi du fait que Loving Annabelle ancre son histoire autour de l'homosexualité et du rejet qu'elle peut entraîner, quand Bloomington dépeint une histoire d'amour "normale"(je passerai sur le fait que là aussi, je pense que si Bloomington était une histoire hétérosexuelle on s'ennuierait un peu quand même), et je suis en partie d'accord. De même, je te trouve assez injuste en associant Loving Annabelle aux films lesbiens très "fleur bleue"...la scène de sexe de Loving Annabelle me paraît bien plus osée que les scènes répétitives de Bloomington (bon ok...à part celle de la bibliothèque, on est d'accord). Elle l'est d'autant plus qu'elle intervient au moment où la frustration des deux personnages est à son comble. On peut alors retourner la situation : Bloomington ne serait-il pas finalement plus "fleur bleue" que Loving Annabelle, car traitant de l'amour lesbien de manière romantique (les femmes, ces anges !) ?
Enfin, et je parle en connaissance de cause, je pense que nous avons besoin de films comme Loving Annabelle, un peu à part, qui parlent de nous et uniquement de nous. Parce qu'ils nous donnent du courage, effacent notre solitude. Parce qu'ils font partie intégrante de notre culture, qu'on le veuille ou non.
Bien sûr, je me rends compte qu'il y a dans ma critique beaucoup d'affects, Loving Annabelle est le premier film lesbien que j'ai eu la chance de voir, et il reste de ce fait l'un de mes chouchous. Désolée donc si mon message semble un peu trop radical ou emporté. Sache qu'il n'en est rien.
J'admire ton travail.

Shay a dit…

@MW : Alors, d'abord merci pour ce commentaire, c'est pas tous les jours que j'en vois des si long et (surtout) constructif..!

Pour apporter quelques éléments de réponse, l'analyse ne visait pas à descendre Loving Annabelle ou faire l'éloge de Bloomington. Je souhaitais m'intéresser vraiment à la différence de traitement d'un sujet à base quasi similaire. Si je considère Loving Annabelle comme un film plutôt "fleur bleue", ce n'est pas spécialement péjoratif (d'ailleurs j'ai attribué aux deux films exactement la même note, car finalement leurs qualités et leurs défauts s'équilibrent je trouve). Mon jugement est loin d'être objectif tout comme le tien, je pense même qu'au final, j'ai plus d'affection pour Loving Annabelle car il fait également partie des premiers films lesbiens que j'ai vu et auquel j'ai pu (enfin!) m'identifier. C'est donc en essayant d'être la plus objective possible et d'analyser le contenu et la représentation de celui-ci que j'ai proposé cette analyse, mais évidemment, je ne prétends pas décrire une vérité absolue. Je pense qu'il est intéressant de dépasser les émotions qu'on a eu à la vision du film pour comprendre finalement de ce qu'il témoigne, du reflet qu'il offre à voir sur la société, spatio-temporellement parlant, et comment ce reflet évolue et influence également notre vision sur les choses.

Voilà, je souhaitais juste insister sur cela, ceci dit je ne cherche pas à te contredire même si je ne suis pas d'accord tout ce que tu avances, tes arguments sont défendables et je pense que nos points de vue peuvent tout à fait coexister, la vérité absolu n'existant pas dans l'analyse de film.

Au plaisir de lire d'autres commentaires intéressants (à défaut de commentaires radicaux ou emportés, car je ne l'ai pas perçu comme ça ^^)

Enregistrer un commentaire

P'tit commentaire à faire ?